Jean-Marie SALAMITO, professeur d’Histoire du christianisme antique à l’Université Paris-Sorbonne, a animé la session inter semestrielle  à l’IPT – Faculté de Montpellier les 17 et 18 janvier derniers, sur le thème : “Pourquoi et comment écrire aujourd’hui l’histoire du christianisme antique ?”

1/ Pour quelles raisons avez-vous pensé au professeur Jean-Marie Salamito pour animer cette session intersemestrielle ?
Je voulais inviter Jean-Marie Salamito pour deux raisons. La première et la plus évidente, est la haute qualité de sa recherche et de sa pensée. Le professeur Jean-Marie Salamito a d’abord enseigné l’histoire romaine à l’Université de Strasbourg à laquelle il reste très attaché, il est actuellement professeur d’Histoire du christianisme antique à l’Université Paris-Sorbonne. Il dirige l’école doctorale « Mondes anciens et médiévaux » et la collection de la Bibliothèque augustinienne (BA). De manière générale, son travail porte sur la patristique mais il s’intéresse aussi à certains aspects socio-économiques, politiques et spirituels de la vie des chrétiens de l’Antiquité. Ses champs de recherche sont donc aussi vastes que passionnants pour qui s’intéresse au contexte d’émergence des premiers écrits chrétiens. Je souhaitais que les étudiants de l’IPT aient l’occasion de s’emparer des travaux et de la réflexion d’un chercheur d’une telle expérience. J’ai eu l’immense chance qu’il accepte cette invitation et le remercie. La seconde raison est tout à fait concrète : Jean-Marie Salamito a co-dirigé avec Bernard Pouderon et Vincent Zarini la publication d’un ouvrage fort utile pour les néotestamentaires. Il s’agit d’un recueil de textes aux formes littéraires variées, daté de la fin du premier siècle jusqu’aux frontières du 2e et du 3e siècle, et qui tous témoignent de cette période d’autodéfinition du christianisme  (Premiers écrits chrétiens, ouvrage  publié dans la collection La Pléiade des éditions Gallimard en 2016). J’étais curieuse d’entrer en discussion avec lui sur cette première littérature chrétienne.

2/ Comment cette session s’est-elle déroulée ? Comment a-t-elle été reçue par les étudiants ?
La session s’est déroulée sur deux journées, alternant lectures et analyses de textes, exposés thématiques et travail en groupe. Jean-Marie Salamito avait sélectionné pour nous trois grandes thématiques en lien avec les chrétiens de l’Antiquité : le pouvoir, l’esclavage et la vie spirituelle.
À travers la lecture de textes de différents auteurs (notamment des textes bibliques et extra-canoniques, des traités et des commentaires d’Origène ou encore des sermons de Saint Augustin), nous avons mesuré à quel point les questions qui s’imposaient à ces hommes et ces femmes de l’Antiquité restaient pertinentes pour interroger notre époque.

Lors des reprises en groupes, Jean-Marie Salamito s’est mis à la disposition des étudiants pour les aider à approfondir ces questions et à en saisir la portée pour leur propre existence.
Les étudiants ont été nombreux à avoir soudainement trouvé un vif intérêt à l’apprentissage du latin et à la lecture des sermons de Saint Augustin ! C’est dire si ce fut une expérience intense pour chacun d’entre eux.

3/ Quels sont les enjeux d’une telle session ?
Le grand avantage d’une session intensive est d’offrir les conditions et la possibilité d’un dialogue afin de permettre aux étudiants d’entrer dans les débats actuels de la recherche.
Quand un historien et un théologien, comme ce fut le cas avec Guilhen Antier (Maître de conférence en théologie systématique à l’IPT), ouvrent une fenêtre de dialogue, ils mettent en lumière la cohérence frappante qui peut exister entre les propos d’Augustin et la manière dont ils ont été réceptionnés. Dans notre cas, ici débattu, il était question de leur accueil auprès de Luther. L’impact de Saint Augustin (ou d’une certaine manière de le lire) dans l’histoire de la Réforme apparaissait alors plus distinctement auprès des étudiants.
En théologie comme ailleurs, la pratique de l’histoire est libératrice. Qu’une personne puisse décrypter une période, même d’une période aussi éloignée que semble l’être l’Antiquité, nous permet de ne pas rester prisonniers de nos propres représentations.
Nous pouvons mieux comprendre le monde dans lequel on vit, aujourd’hui, et saisir intelligemment ses enjeux. J’ajouterais qu’il ne peut pas y avoir de lectures pertinentes des textes bibliques hors pratique de l’histoire, tout simplement parce que le Dieu de la tradition biblique est toujours présenté comme un Dieu qui se révèle dans une histoire précise, dans des lieux et des époques donnés. Pour le christianisme, il n’y a pas de discours sur Dieu ou sur la foi des premiers chrétiens qui ne soient, de part en part, un discours historique.
En partageant un peu de la vie de ces hommes et de ces femmes de l’Antiquité, leurs questions nous semblent étonnement proches des nôtres. Quels rapports peut-on entretenir avec le pouvoir ? Quelle posture adopter face à l‘expérience d’une privation de la liberté ? Comment vivre au quotidien une quête de spiritualité ?
L’étude de l’histoire est tout, sauf poussiéreuse. Jean-Marie Salamito a démontré devant les étudiants, et avec brio, combien l’histoire est une discipline indispensable à l’élaboration de sujets libres et responsables.

Je suis certaine que les étudiants retiendront de cette session, non seulement les compétences et la finesse d’esprit de Jean-Marie Salamito, mais aussi son extrême gentillesse et une très grande générosité. Transmettre, c’est avant tout partager son savoir. Mission accomplie pour cette session inter-semestrielle.

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