La mission et l’évangélisation n’appartiennent pas aux missionnaires!

Les programmes de recherche du Centre Maurice-Leenhardt mettent en œuvre une conception fondamentalement interdisciplinaire de la missiologie.

Définie par l’étude des discours, des pratiques et des institutions missionnaires, la missiologie se situe au carrefour des autres disciplines de la théologie (exégèse des littératures bibliques, théologie systématique et pratique, histoire du christianisme) ; à ce titre elle travaille aussi de concert avec diverses disciplines des sciences humaines et sociales (anthropologie culturelle et religieuse, histoire et sociologie des religions, philosophie morale et politique, philosophie du droit, etc.). Parmi ses principaux sujets d’étude figurent :

– l’autocompréhension des communautés missionnaires, c’est-à-dire les justifications et les débats internes qui, dans l’idiome doctrinal et moral de ces communautés, définissent leur raison d’être, leurs objectifs et leurs stratégies ;

– les rapports de force et les processus de métissage culturel et d’altération identitaire à l’œuvre dans les discours et les pratiques des communautés missionnaires et de leurs destinataires ;

– le contexte littéraire et social des textes qui servent de référence canonique aux communautés missionnaires issues de la tradition biblique, par exemple les textes qui traitent de l’envoi, de l’apostolat ou de la conversion, ou ceux qui mettent en scène les tensions entre courants xénophobes et xénophiles ;

– les arguments théologiques tirés de ces textes bibliques et les conflits d’interprétation qu’ils suscitent dans l’histoire de leur réception ;

– la variété des stratégies missionnaires et des systèmes ecclésiologiques qui en découlent ;

– l’impact sur les missions chrétiennes des développements récents de la « théologie des religions », cette discipline dont la tâche est de formaliser le discours normatif d’une tradition religieuse particulière sur la valeur des traditions rivales, sur la possibilité de les reconnaître on non comme des voies alternatives légitimes, et, plus modestement, sur les conditions, d’un dialogue ou d’une coopération ;

– la notion controversée de prosélytisme et les discussions théologico-politiques dont elle fait l’objet, par exemple au Conseil œcuménique des Églises ou à la Cour européenne des droits de l’homme ;

– les liens entre mission et laïcité ;

– les liens entre mission et colonisation ;

– les liens entre mission et orientalisme, notamment à la lumière des critiques postcoloniales des ambiguïtés idéologiques et politiques des études orientalistes…